Par Julia Itel – Publié le 05/08/2025
En 2025, plus de 17 800 personnes – adultes et adolescents – ont été baptisées lors de la Vigile pascale en France. Avant de recevoir ce sacrement, elles ont suivi une longue période de préparation spirituelle : le catéchuménat. Ce cheminement personnel et communautaire, rythmé par des étapes liturgiques, permet d’entrer pleinement dans la vie chrétienne. Découvrons ici ce qu’est le catéchuménat.
Que signifie « catéchuménat » ?
Le mot « catéchuménat » vient du grec katêkhoúmenos qui signifie « celui qui est instruit oralement ». Dans la tradition catholique, le catéchuménat désigne la période de préparation à l’initiation chrétienne, conduisant aux sacrements du baptême, de la confirmation et de l’eucharistie.
Plusieurs types de personnes sont concernées par le catéchuménat. Il y a d’abord les « catéchumènes », c'est-à-dire les enfants de 7 ans ou plus, les adolescents et les adultes qui n’ont pas été baptisés et qui demandent à recevoir le baptême. Ensuite, on trouve des adultes baptisés qui souhaitent recevoir les sacrements de la confirmation et/ou de l’eucharistie. On les appelle les « confirmands » et leur cheminement dure environ une année. Enfin, il y a également des enfants et des adultes baptisés mais qui désirent être admis dans la pleine communion de l’Église.
Un chemin de conversion
Mais le catéchuménat ne se résume pas à une simple instruction religieuse. Il s’agit d’un chemin de conversion personnelle, où la personne est libre de suivre Dieu et choisit d’entrer en relation avec lui et avec la communauté des chrétiens. L’individu qui s’engage dans un parcours catéchuménal est amené, par sa rencontre avec le Christ, à opérer un « renversement intérieur » (du grec metanoia) et ainsi à devenir véritablement chrétien. Sa demande est donc libre, personnelle et réfléchie.
Pour cela, le catéchuménat lui permet in fine de recevoir les sacrements de l’initiation chrétienne. Dans l’Église primitive, les sacrements s’appelaient « mystères » : c'est par ces rites que se révélait Dieu aux humains. Au moment de traduire la Bible du grec au latin, le terme « mystère » a été remplacé par celui de « sacramentum ». Celui-ci renvoyait au serment prononcé par les soldats romains aux dieux au moment de devenir officiers, instituant leur changement de statut. Au XIIIe siècle, les sept sacrements de l’Église furent adoptés définitivement puis admis, lors du Concile de Trente (1519), comme des éléments fondamentaux de la doctrine catholique. C'est encore à travers eux que le chrétien se prépare à recevoir la vie éternelle au paradis et se libère donc de ses péchés.
Le catéchuménat : un parcours qui engage toute la communauté chrétienne
Le catéchuménat n’est jamais un chemin solitaire. Chaque catéchumène ou confirmand est suivi par un ou plusieurs « accompagnateurs », souvent laïcs, formés et envoyés en « mission » par leur paroisse ou diocèse (notamment par un délégué du service diocésain). Bénéficiant d’une écoute active, les accompagnateurs partagent leur foi et témoignent de leur rencontre avec Jésus. Ils répondent aux questions des accompagnés, accueillent leurs doutes, les aident dans la prière, assistent avec joie à leur apprentissage progressif de la vie chrétienne.
Aidés d’un parrain et d’une marraine – des personnes baptisées – les catéchumènes sont également accueillis par l’ensemble des fidèles. La communauté, en tant que représentante de l’unité du corps du Christ, est ainsi essentielle dans l’action catéchétique. En accueillant les nouveaux venus, l’Église tout entière se rappelle sa mission première : annoncer l’Évangile et vivre la fraternité en actes. Lors des étapes liturgiques du parcours catéchuménal, la présence de la communauté donne ainsi chair à l’expérience ecclésiale. Elle montre que la foi chrétienne est avant tout une aventure collective, où chacun a un rôle à jouer.
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Comment se déroule le catéchuménat ?
Le chemin catéchuménal est organisé selon quatre temps principaux, jalonnés par trois célébrations (étapes) majeures. Parce qu’il s’agit d’un cheminement personnalisé et respectueux des rythmes de chacun, le catéchuménat propose un accompagnement structuré qui permet au catéchumène ou au confirmand de se préparer progressivement et en profondeur à la réception des rites de l’initiation chrétienne. Ce cheminement est fondé sur le Rituel de l’initiation chrétienne des adultes (RICA), un document adopté par l’Église après le concile Vatican II.
Le temps de l’évangélisation et de l’appel initial
Ce premier temps, parfois appelé pré-catéchuménat, est celui de la rencontre initiale avec l’Évangile. Il concerne les personnes en quête de sens, de spiritualité ou ressentant un appel intérieur à rencontrer le Christ. À ce stade, il ne s’agit pas encore d’un engagement formel, mais d’une démarche libre, marquée par l’écoute, le questionnement, la découverte de la Parole de Dieu et de la vie de l’Église.
Le rôle de l’accompagnateur est ici fondamental : il accueille, écoute, rassure, oriente. Il permet au futur catéchumène d’exprimer ses interrogations, d’expérimenter un premier lien avec la prière et d’entrer peu à peu dans une relation avec le Christ. À l’issue de ce temps, si le désir de devenir chrétien s’approfondit, la personne demande à entrer officiellement en catéchuménat.
Le temps du catéchuménat
Le passage à cette deuxième étape est marqué par la célébration de l’entrée en catéchuménat, au cours de laquelle le futur baptisé exprime publiquement sa volonté de suivre le Christ. Il est alors reconnu comme « catéchumène » par l’Église (ou confirmand le cas échéant). Cette célébration peut inclure, par exemple, la remise d’une croix ou d’une Bible. Ce temps de catéchuménat est un long cheminement, qui peut durer de un à deux ans. Il comprend des rencontres régulières avec un accompagnateur ou un groupe et reçoit d’eux un enseignement (une catéchèse) sur les fondements de la religion chrétienne. Il part ainsi à la découverte des grands textes bibliques, fait l’apprentissage de la prière et apprend l’importance des rites sacramentels. Il vit également des temps de retraite et de partage, facilitant son entrée dans la communauté chrétienne.
L’objectif est de permettre une appropriation progressive de la foi chrétienne, en tenant compte de l’histoire de chacun. Des rites intermédiaires peuvent ponctuer ce temps comme des bénédictions, des onctions, ou encore une remise d’objets symboliques.
Le temps de la purification et de l’illumination
Ce troisième temps s’ouvre avec l’appel décisif, célébré au début du carême. Lors d’une liturgie diocésaine, chaque catéchumène est appelé par son nom par l’évêque. À partir de ce moment, on ne parle plus de « catéchumènes » mais d’« appelés ». Ce geste solennel exprime la reconnaissance par l’Église de la maturité spirituelle de la personne, prête à recevoir les sacrements à Pâques.
Le temps de purification et d’illumination est intensément spirituel : c’est une période de prière, de conversion intérieure et de recentrage sur l’essentiel. Les appelés vivent alors trois scrutins (temps de purification où Dieu peut « scruter » le cœur du futur baptisé), ainsi que la remise solennelle des « trésors de l’Église », c'est-à-dire le Credo et le Notre Père. Ce temps coïncide avec les quarante jours du carême.
Le temps de la célébration des sacrements et de la mystagogie
Enfin, le sommet du catéchuménat est atteint lors de la vigile pascale, dans la nuit de Pâques. Les appelés reçoivent les trois sacrements de l’initiation chrétienne : le baptême, la confirmation et l’eucharistie. Cette nuit, la plus importante de l’année liturgique, célèbre la Résurrection du Christ. Elle symbolise une nouvelle naissance dans la foi.
Mais le chemin ne s’arrête pas là. Dans les semaines qui suivent, un quatrième temps appelé « mystagogie » permet aux nouveaux baptisés, devenus « néophytes », de relire leur expérience, de mieux comprendre les sacrements reçus et de s’enraciner dans la vie de l’Église. Ce temps favorise aussi une participation active à la liturgie et à la mission ecclésiale. La mystagogie rappelle que le baptême est le commencement d’une vie chrétienne et non une fin. Elle invite les néophytes à approfondir leur engagement dans la foi et à s’impliquer dans la communauté.
